Rolex comme investissement : notre expérience après 5 ans

Alexandre Verde
avril 09, 2026
Rolex comme investissement : notre expérience après 5 ans | Retour d’expérience
Retour d’expérience — 5 ans de recul

Rolex comme investissement : notre expérience après 5 ans

En 2019, mon fils m’a convaincu d’acheter une Rolex Submariner comme investissement. J’étais sceptique — je n’avais jamais considéré une montre autrement que comme un objet de plaisir. Cinq ans plus tard, voici ce qu’on peut dire honnêtement : les chiffres, les surprises, les regrets, et ce qu’on ferait différemment.

Ce n’est pas un article pour vous convaincre d’acheter une Rolex. C’est un retour d’expérience factuel, avec les vrais prix, les vrais frais, et les vraies questions qu’on s’est posées en chemin.

« Mon père m’a dit oui à contrecœur. Cinq ans après, il me remercie — mais il aurait aimé savoir certaines choses avant. C’est exactement pour ça qu’on écrit cet article. »
+74%Valorisation brute sur 5 ans de notre Submariner
+52%Rendement net estimé après frais et fiscalité
6,5%Taxe forfaitaire à la vente — bien plus faible que la flat tax bourse
Le point de départ

Pourquoi on a acheté une Rolex en 2019

Tout a commencé par une conversation un soir de novembre 2019. Mon fils suivait depuis plusieurs mois le marché des montres de luxe et m’avait convaincu que certaines références Rolex se comportaient comme de véritables actifs financiers. J’étais intrigué — mais pas convaincu.

Ce qui m’a finalement décidé, c’est un chiffre simple qu’il m’a mis sous les yeux : la Rolex Submariner Date acier, achetée en 2014 à son prix catalogue d’environ 7 000 €, se négociait en 2019 sur le marché secondaire entre 10 000 et 12 000 €. Sans aucun rendement passif, sans dividende, sans loyer — juste une progression de valeur de 40 à 70 % en cinq ans sur un objet de luxe. Et ce, dans un contexte où les rendements obligataires étaient proches de zéro.

On a donc décidé de tester la thèse avec une vraie somme. En décembre 2019, on a acheté une Rolex Submariner Date réf. 116610LN, en excellent état, avec boîte et papiers d’origine, auprès d’un revendeur spécialisé sur Chrono24. Prix d’achat : 9 800 €. C’était notre premier investissement dans les actifs passion — et on allait beaucoup apprendre.

« Je me souviens avoir regardé la montre dans sa boîte en pensant : « J’ai mis presque 10 000 € dans un objet que je ne vais pas porter. » C’était une pensée étrange. Cinq ans après, c’est toujours étrange — mais pour d’autres raisons. »
Les 5 ans année par année
Chronologie

Ce qui s’est passé année après année

Le marché des montres n’est pas linéaire. Il y a eu des moments où on était ravis de notre décision, et d’autres où on se demandait si on ne ferait pas mieux de vendre. Voici la réalité, mois après mois.

2019

Achat — 9 800 € — Décembre

Achat d’une Submariner Date réf. 116610LN sur Chrono24, excellent état, full set (boîte et papiers). Frais de transaction Chrono24 inclus dans le prix. À ce moment, la Submariner neuve était disponible en boutique à environ 8 550 € prix catalogue — mais avec des listes d’attente de plusieurs années pour les clients non prioritaires. Le marché secondaire se négociait autour de 9 500 à 10 500 €.

2020

La première surprise — Covid et la résistance du marché

En mars 2020, les marchés financiers s’effondrent. Le CAC40 perd 38 % en quelques semaines. On surveille avec inquiétude la valeur de notre Submariner — et là, première leçon : le marché de la montre de luxe ne suit pas du tout la bourse. Les prix sur Chrono24 baissent légèrement (de l’ordre de 5 à 8 %) entre mars et mai, puis remontent rapidement dès l’été. En décembre 2020, notre montre se négocie autour de 10 500 €. On est déjà légèrement en plus-value — et surtout, on a vérifié empiriquement la décorrélation avec les marchés financiers.

2021

L’envolée — le marché devient fou

2021 est l’année de tous les records sur le marché secondaire des montres de luxe. La Submariner Date acier franchit les 14 000 €, puis les 15 000 € sur le marché secondaire. Rolex annonce en 2020 l’arrêt de la réf. 116610LN au profit de la nouvelle 126610LN — ce qui provoque une ruée sur les anciennes références, jugées collectors. Notre montre, achetée 9 800 €, vaut désormais entre 15 000 et 16 000 €. On est tentés de vendre. On ne vend pas — et c’est la bonne décision.

2022

La correction — retour à la réalité

Le second semestre 2022 marque un net recul du marché des montres, notamment sur les références les plus spéculatives. La Submariner retombe entre 12 000 et 13 500 €. Certains investisseurs qui avaient acheté au sommet de 2021 vendent à perte. Nous, ayant acheté à 9 800 €, on reste largement en plus-value. Cette correction nous enseigne quelque chose d’important : le marché des montres peut corriger, mais les fondamentaux (rareté, désirabilité, liquidité) soutiennent les prix sur le long terme pour les bonnes références.

2023

Stabilisation — le marché cherche son niveau

2023 est une année de consolidation. Les prix se stabilisent entre 12 500 et 14 000 € pour notre référence. Le marché trie : les montres investment-grade (Rolex, Patek Philippe, AP) tiennent bien, les références plus spéculatives continuent de baisser. On assiste à une « normalisation saine » du marché après les excès de 2021. On se renseigne sérieusement pour la première fois sur la fiscalité d’une éventuelle revente.

2024

Reprise progressive — retour de la demande

En 2024, le marché reprend de la vigueur. Notre Submariner 116610LN, désormais clairement identifiée comme « last before change » (dernière génération avant la réforme du calibre et du boîtier), se négocie entre 14 500 et 17 000 € selon l’état et la documentation. En fin d’année, on estime sa valeur à environ 17 000 € — soit une progression de 74 % sur 5 ans par rapport à notre prix d’achat de 9 800 €.

Les vrais chiffres
Bilan financier

Les vrais chiffres, frais déduits

Un investissement ne se mesure pas au prix de vente — il se mesure au rendement net après tous les frais. Voici le calcul complet et honnête de notre opération.

Le calcul détaillé

Achat en décembre 2019 à 9 800 €. Valeur estimée fin 2024 : 17 000 €. Sur le papier, c’est +74 %. Mais si on vend, il faut soustraire les frais de vente et la fiscalité.

ÉlémentMontantNote
Prix d’achat (déc. 2019)9 800 €Full set, Chrono24
Valeur estimée (fin 2024)17 000 €Prix marché secondaire
Plus-value brute+7 200 €+73,5 %
Commission plateforme (6 %)−1 020 €Si revente sur Chrono24
Frais d’expédition sécurisée−80 €Estimation
Taxe forfaitaire 6,5 %−1 105 €Sur le prix de vente total
Plus-value nette estimée+4 995 €+51 % net sur 5 ans

Un rendement net de 51 % sur 5 ans, soit environ 8,6 % annualisé net. Pour comparaison, le Livret A sur la même période a généré un rendement cumulé d’environ 8 % — sur 5 ans. L’ETF CAC40, lui, a généré environ 45 % sur la même période, mais avec une volatilité incomparablement plus élevée et une fiscalité à 30 %.

Ce que ce calcul ne capture pas : le plaisir d’avoir possédé un bel objet pendant 5 ans. La montre a été portée à plusieurs reprises — lors de moments importants, pour des photos, pour la montrer à des collectionneurs. Dans l’investissement passion, cet aspect est réel et non négligeable.

La fiscalité : l’avantage souvent oublié

La taxe forfaitaire de 6,5 % sur les objets de collection est l’un des régimes fiscaux les plus favorables disponibles en France pour un investisseur particulier. Sur une plus-value de 7 200 €, si on appliquait la flat tax boursière (30 %), on paierait 2 160 € d’impôt. Avec la taxe forfaitaire sur le prix de vente (6,5 % de 17 000 €), on paie 1 105 €. L’économie fiscale est de plus de 1 000 € — ce qui n’est pas anodin.

Les leçons

Ce qu’on aurait fait différemment

Cinq ans de recul permettent de voir clairement ce qui a bien fonctionné et ce qu’on aurait pu optimiser. Voici nos apprentissages honnêtes.

On aurait dû acheter plus tôt — et plus

En 2019, on hésitait. On avait peur de surpayer sur le marché secondaire, on n’était pas sûrs de notre analyse. On a finalement acheté une seule montre. Avec le recul, on aurait dû en acheter deux ou trois — la thèse était solide, les fondamentaux étaient là. La peur du débutant nous a coûté des opportunités.

On n’avait pas anticipé la correction de 2022

Pendant l’envolée de 2021, on était tentés de vendre à 15 000-16 000 €. On ne l’a pas fait par inertie plus que par conviction. Ça s’est avéré être la bonne décision — mais pour de mauvaises raisons. On aurait dû avoir une règle claire dès le départ : « on vend si et seulement si telle condition est remplie. » Sans règle, les décisions se prennent sous l’émotion.

L’assurance — qu’on a négligée trop longtemps

Pendant les deux premières années, notre Submariner n’était pas correctement assurée. Notre contrat habitation plafonnait les objets de valeur à 3 000 € — soit moins du tiers de sa valeur. On a corrigé ça en 2021 après avoir réalisé l’écart. Depuis, on a souscrit un contrat spécifique objets de valeur pour environ 130 € par an, soit 0,8 % de la valeur assurée. Indispensable.

L’erreur à ne pas faire : stocker une montre de collection dans un tiroir, sans assurance spécifique, en pensant que votre contrat habitation couvre. Il ne couvre pas — ou très mal. Vérifiez vos plafonds avant d’acheter.

La documentation — on l’a bien gérée

Un point sur lequel on ne regrette rien : on a conservé absolument tous les documents depuis l’achat. Facture Chrono24, échanges écrits avec le vendeur, photos datées de la montre à l’achat, attestation d’authenticité. Cette documentation complète est ce qui nous permet aujourd’hui de justifier le prix d’acquisition et d’opter pour le régime des plus-values réelles si c’est plus avantageux que la taxe forfaitaire.

« La montre qu’on a achetée en 2019 vaut aujourd’hui environ 17 000 €. Mais ce qui vaut vraiment quelque chose, c’est tout ce qu’on a appris en chemin sur le marché, sur la fiscalité, sur nos propres réflexes d’investisseurs. »
On recommande ?
Le verdict

Est-ce qu’on recommencerait — et à qui on le conseille ?

La question qu’on nous pose le plus souvent. La réponse honnête est : oui, mais pas à tout le monde, et pas sans conditions.

On recommencerait parce que le bilan est positif — financièrement, mais aussi en termes d’apprentissage sur un marché qu’on ne connaissait pas du tout. L’investissement dans les montres de luxe nous a obligés à développer une vraie culture horlogère, une connaissance des références, des plateformes, de la fiscalité. Cette expertise a une valeur en elle-même.

Mais on ne conseillerait pas cet investissement à quelqu’un qui n’a aucun intérêt pour les montres, qui cherche un rendement rapide, ou qui ne peut pas immobiliser le capital pendant 3 à 5 ans minimum. Le marché des montres récompense la patience et la connaissance — si vous n’avez pas les deux, vous n’avez pas l’avantage compétitif qui justifie de prendre ce risque plutôt qu’un ETF indiciel.

À qui on le conseille vraiment

À quelqu’un qui apprécie déjà les montres — pas forcément un expert, mais quelqu’un qui trouve ça fascinant. À quelqu’un qui peut immobiliser 10 000 à 20 000 € pendant 5 ans sans que ça ne pèse sur son quotidien. À quelqu’un qui est prêt à passer du temps à se former — suivre les prix pendant plusieurs mois, comprendre les références, lire les forums. Et à quelqu’un qui comprend que la performance passée ne garantit pas la performance future.

Notre recommandation concrète : si vous voulez vous lancer, commencez par suivre les prix sur Chrono24 pendant 3 mois sans rien acheter. Observez, apprenez, comprenez comment le marché fonctionne. Puis, si la thèse tient toujours, commencez avec une seule pièce — une Rolex Submariner ou une Datejust vintage — entre 8 000 et 15 000 €. C’est le meilleur point d’entrée pour apprendre sans prendre des risques excessifs.

Pour aller plus loin sur les montres

Notre guide complet sur l’investissement dans les montres de luxe — par où commencer, quelles références acheter, comment éviter les arnaques.